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Perspectives croisées sur une intervention plus coordonnée et plus forte au Sahel

La troisième réunion du Comité de pilotage (CPO) de l’Alliance Sahel a eu lieu le 24 juin dernier. Cette session de travail a connu une importante participation des représentants des membres et observateurs de l’Alliance Sahel, ainsi que du G5 Sahel et de la présidence mauritanienne du G5.

Retour sur les acquis de cette rencontre et sur les perspectives pour les interventions dans le secteur du développement à travers les interviews des participants :

 

Christophe Rauh, directeur Afrique au BMZ et président du comité de pilotage de l’Alliance Sahel

« Nous avons tenu une très bonne réunion de comité de pilotage, malgré les circonstances difficiles liées à la crise du Covid-19. Nous avons eu des discussions sur des problématiques cruciales qui nous ont permis d’aller de l’avant dans le travail que nous menons ensemble au sein de l’Alliance Sahel. Les échanges ont été fructueux sur la réponse à la Covid-19, avec une vue d’ensemble des interventions. Un montant considérable de 640 millions d’euros a déjà été apporté par les membres de l’Alliance Sahel pour aider à la réponse à la pandémie, avec un engagement pour faire encore plus. Par ailleurs, une des discussions les plus importantes que nous ayons eu est celle sur les zones fragiles : nos partenaires du Secrétariat Exécutif du G5 Sahel ont présenté une stratégie déroulant les orientations d’intervention des pays du G5 Sahel. Nous pouvons donc aligner nos activités politiques sur ce document à travers une approche territoriale intégrée qui définit les zones où les membres de l’Alliance Sahel pourraient travailler ensemble et en instaurant un dialogue étroit sur le terrain. »

 

 

Maman Sidikou, Secrétaire Exécutif du G5 Sahel

« Le troisième comité de pilotage de l’Alliance Sahel a été une réunion constructive. Les participants ont contribué à la tenue d’une session tangible et concrète. Je me réjouis particulièrement du progrès atteint dans 3 domaines prioritaires. Tout d’abord la convergence de l’Alliance Sahel vers le modèle de l’approche territoriale intégrée qui avait déjà été évoquée lors de l’Assemblée Générale du 25 de février à Nouakchott. Deuxièmement la question des instruments de financement des projets de développement. Nous ne pouvons mener la guerre du développement sans stratégie ni ressources pertinentes et facilement mobilisables.  Il y a longtemps, lorsque je travaillais sur la question de l’éducation des adultes pendant ma thèse de doctorat, j’étais au Burkina Faso avec des paysans et ceux-ci m’interpellaient souvent : « planifier, planifier, … de quoi parlez-vous ? ».   Nous avons besoin de fonds et d’instruments ! ». Il faut donc prendre garde à ne pas s’enraciner dans des procédures sans fin.  Le troisième point concerne le recours aux opérateurs locaux pour la mise en œuvre des interventions. C’est incontournable pour un développement approprié et durable. Il faut que nous trouvions les formules adéquates au Sahel. Nous avons commencé à en parler, le dialogue doit se poursuivre avec nos partenaires de l’Alliance Sahel. Parfois les gens pensent que lorsque nous parlons d’opérateurs locaux, il n’y a que les organisations internationales qui peuvent y travailler mais il est nécessaire de creuser un peu plus la question et de créer d’autres partenariats centrés sur la mise en œuvre et la « percolation de l’aide au développement vers le bas de la pyramide ».

 

Rima Lecoguic, Directrice Afrique, AFD

« Les membres de l’Alliance Sahel ont une ambition forte, avec une feuille de route comprenant des modalités, des modes opératoires et pour avancer dans la réponse à la crise. Nous avons un alignement de tous les États membres et un alignement avec le G5 Sahel et sa présidence. A présent, tout est très clairement aligné sur la nécessité de se mobiliser plus fortement et de travailler de manière coordonnée, de réaliser des programmations conjointes, de changer de mode de faire. Nous avons affirmé clairement la volonté de travailler davantage avec les autorités locales, les gouvernements nationaux et d’avoir une coordination renforcée sur le terrain.

En termes d’interventions, nous sommes déjà présents dans la zone des trois frontières mais il faut élargir, sur plusieurs localités au Niger, au Burkina au Mali. Et ensuite continuer à travailler dans des localités qui sont moins menacées par les conflits et les terroristes. Donc dans une optique de prévention mais aussi dans l’optique d’endiguer la crise parce qu’il y a beaucoup de déplacés dans ces zones- là suite aux conflits. Au Burkina Faso on énumère près de 900.000 déplacés, c’est énorme. A ces personnes, nous devons donner des réponses à leurs besoins sur tous les sujets notamment les filets sociaux, les services de base, la sécurité alimentaire… »

 

Nani Mohamed Salem, Directeur Général des Financements , des Investissements Publics et de la Coopération Economique

« Le Secrétariat Exécutif du G5 Sahel et la conférence des ministres travaillent en parfaite coordination et coopération. Ils entendent travailler de même avec l’unité de coordination de l’Alliance Sahel à Bruxelles mais aussi avec ses représentants dans des pays du G5 Sahel.  Le G5 Sahel salue l’idée de la Coalition pour le Sahel d’optimiser et lier les approches de sécurité, gouvernance et développement. C’est extrêmement important.  Le président du conseil des ministres du G5 Sahel a un fort intérêt pour la perspective de création d’un nouvel instrument financier pour opérer les facilités de la réaction rapide.  Cette initiative est envisagée pour début de l’année 2021. Ce un nouvel instrument devrait être flexible et adapté aux contextes et aux réalités du Sahel.  Une bonne articulation est nécessaire avec les fonds fiduciaires à l’appui de la stabilisation du Sahel pour soutenir la mise en œuvre des plans d’urgences du cadre d’action prioritaire ; le CAPI et donc c’est une priorité pour le G5 Sahel. »

 

 

Sandra Krammer, Marc Stalmans et Pauline Guibaud, DEVCO – UE

« Nous devons travailler ensemble car les crises au Sahel sont complexes et multiformes. Il n’y a en effet pas que la crise sécuritaire, il y a également une crise sanitaire due à la pandémie de la COVID et une crise de sécurité alimentaire. Ces défis se passent dans des pays déjà très fragiles. L’Alliance Sahel est une plateforme qui a une force de frappe qui ne peut être réelle que si nous travaillons ensemble sur le terrain. Notre espoir est que l‘Alliance Sahel continue les efforts se coordonner mieux et davantage, mais aussi intensifie un travail conjoint sur le terrain.

Il est important de se focaliser sur les différentes crises, et en particulier la crise sécuritaire. Dans cette perspective nous devons concentrer les efforts dans les régions les plus compliquées d’un point de vue sécuritaire, ce que l’Alliance a peut-être moins fait ces derniers temps. C’est plus compliqué car cela nécessite de faire intervenir en même temps un travail sur la sécurité, le développement et l’aide humanitaire. Mais il est très important que l’Alliance soit au centre de cette discussion et de cette coordination pour une intervention sur les lieux les plus compliqués du G5 Sahel. »

 

Angel LOSADA, Représentant Spécial de l’Union Européenne pour le Sahel

«  L’appropriation de la part de nos partenaires africains est incontournable. Sans eux nous n’allons nulle part. Pour cela nous avons deux instruments qui ont été bien mis en avant lors de ce comité de pilotage, il s’agit du Cadre d’action prioritaires (CAPI) qui a été élaboré par le Secrétariat Exécutif du G5 Sahel avec une forte volonté de montrer leurs priorités. Nous avons également mis l’accent sur la question de l’approche territoriale intégrée. Nous avons besoin d’une plus grande coordination non seulement entre nous-mêmes, mais également avec les différents acteurs présents sur le terrain.

Lors de de ce CPO, la structure de la Coalition pour le Sahel a pu être clarifiée. Il s’agit d’une structure légère de coordination, et l’Alliance Sahel appartient au pilier 4 dédié au développement. Il y a eu un accord entre tous les membres pour aller dans ce sens-là et renforcer cette fonction qui va nous permettre d’avoir une Alliance Sahel à la fois beaucoup plus compacte et beaucoup plus forte, bien coordonnée avec les autres piliers, pour préserver un élément fondamental du nexus entre la sécurité et le développement. Enfin, je tiens à félicitee le président du Comité de Pilotage, M. Christiphe Rauh (BMZ)  qui a été réélu et la Ministre des Affaires Etrangères espagnole qui a été nommée présidente de l’Assemblée Générale (AG). Elle avait d’ailleurs participé à la première AG de l’Alliance présidée par le Ministre Le Drian qui a joué un rôle fondamental pour impulser et démontrer la vitalité de l’Alliance Sahel. »

Plus d’informations sur le dernier comité de pilotage de l’Alliance Sahel, cliquez ici. 

Retrouvez à travers ce lien l’intégralité de l’interview de Maman Sidikou, Secrétaire Exécutif du G5 Sahel