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En Mauritanie, des agriculteurs et éleveurs plus résilients face aux chocs climatiques

Tout comme ses voisins africains, la Mauritanie est durement touchée par les changements climatiques. Les épisodes de sécheresses et d’inondations de plus en plus violents et fréquents augmentent la vulnérabilité des familles qui souffrent de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Depuis 2016, un projet multi-acteurs financé par l’Union européenne renforce les institutions mauritaniennes à l’échelle nationale et locale, dans 4 régions du sud du pays, afin de contribuer à la résilience des agriculteurs et éleveurs.

 

Copyright: Terre Nourricière / RIMRAP

 

Ce qui peut sembler un miracle, c’est l’histoire d’un groupe de femmes maraîchères de l’un des 17 villages de la commune d’Ajar, dans le Guidimakha au sud de la Mauritanie. Elles pratiquent le maraîchage toute l’année, y compris en saison sèche, en mutualisant les moyens et les appuis-conseils agricoles. Elles ont adopté de nouvelles pratiques agro-écologiques sans pesticide qui permettent d’avoir des cultures moins gourmandes en eau et mieux adaptées aux terres arides. Grâce à ces nouvelles techniques, l’environnement aussi s’est amélioré. Le sol s’est enrichit et retient mieux l’eau!

 

 

Cette initiative exemplaire a été documentée pour servir de modèle et être diffusée parmi la population mauritanienne. Et les exemples d’adaptation aux contraintes environnementales et climatiques ne manquent pas dans ce pays semi-aride!

 

La Mauritanie face aux chocs du changement climatique

Durement touchée par le changement climatique, la population mauritanienne, tout comme celle des autres pays d’Afrique subsaharienne, doit en effet innover et améliorer sa résilience pour s’adapter aux chocs.

Depuis ces trente dernières années, les épisodes de sécheresses et d’inondations sont plus violents et fréquents. Durant la saison sèche, les réserves d’eau souterraines s’épuisent. L’herbe et l’eau viennent à manquer. Ces crises récurrentes augmentent la vulnérabilité des familles qui souffrent de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Elles entraînent une augmentation des conflits entre les différents groupes pour l’accès et l’exploitation des ressources naturelles.

Selon les experts, les rendements agricoles de l’Afrique pourraient encore baisser de 20% en raison du changement climatique qui aggrave des pratiques agricoles inappropriées comme la surexploitation de la terre, l’irrigation insuffisante et l’avancée du désert.

Pour les populations, la situation est particulièrement critique durant la période de juin à septembre: la récolte précédente peut venir à manquer alors que les premières récoltes de l’année suivante ne sont pas encore disponibles.

L’agriculture et l’élevage représentent pourtant l’un des piliers de l’économie mauritanienne (en moyenne 31% du PIB du pays). Cependant, la Mauritanie ne parvient à couvrir que 25% des besoins alimentaires de sa population et importe la majorité de ses aliments. Les ressources naturelles pourraient être mieux exploitées: on estime que jusqu’à 70% des terres cultivées sont peu ou mal aménagées.

 

Un projet de l’Alliance Sahel pour contribuer à la résilience agricole et pastorale

Pour faire face à ces nouveaux défis et aux conséquences sur les populations, rendre l’agriculture et l’élevage plus résilients est essentiel.

En 2016, un programme multi-acteurs a été mis en place par l’Union européenne pour accompagner les agriculteurs et les éleveurs. Intitulé RIMRAP (« Renforcement Institutionnel en Mauritanie vers la Résilience Agricole et Pastorale »), ce projet transversal d’une durée de 4 ans vise à améliorer la résilience des populations pour qu’elles puissent s’adapter plus rapidement aux chocs, sans compromettre leur développement sur le long terme.

L’objectif est donc de s’éloigner des actions alimentaires et nutritionnelles d’urgence afin d’atteindre un développement agricole durable, avec une production plus adaptée et un accès au marché facilité.

Ce programme, dans une approche cohérente à l’Alliance Sahel, vient renforcer les institutions mauritaniennes à l’échelle nationale et locale, dans 4 régions du sud du pays (Guidimagha, Assaba, Hodh El Gharbi et Hodh El Chargui):

Le RIMRAP, c’est investir dans l’humain, dans l’organisationnel, dans les bénéficiaires, avant d’investir dans des infrastructures », détaille Abdellahi Zeyad, Directeur des Stratégies, de la Coopération et du Suivi-Evaluation, au sein du Ministère de l’Agriculture.

Suite à la pandémie de Covid-19, le projet appuie également les agro-éleveurs pour faire face aux conséquences socio-économiques de la crise sanitaire.

Une large diversité d’acteurs complémentaires met en œuvre ce programme : trois Ministères mauritaniens (Ministère de l’Agriculture, Ministère de l’Elevage, Ministère de l’Economie et des Finances), deux agences de coopération (la coopération allemande et espagnole) et 4 consortia d’ONG nationales et internationales agissant chacun au niveau de l’une des 4 régions ciblées par le projet.

Hajiratou Khalidou BA, Maire de Gouraye, Trésorière de l’AMaiG se réjouit de l’impact de ce projet:

Avec le programme RIMRAP, beaucoup de choses changent parce que nous sentons que nous sommes vraiment impliqués de bout en bout. »

L’implication de toutes les parties prenantes est en effet au cœur du projet : des plateformes sectorielles ont ainsi été mises en place pour favoriser le dialogue entre tous les acteurs.

Le RIMRAP fait partie d’un ensemble de 3 programmes complémentaires et synergétiques mis en œuvre en Mauritanie pour améliorer la résilience des populations vulnérables de la zone agro-pastorale. Les 2 autres volets sont destinés à soutenir les investissements productifs en milieu rural et l’appui au développement des filières agro-sylvo-pastorales.

Le programme RIMRAP est financé à hauteur de 25 millions d’Euro par l’Union européenne dans le cadre du 11ème FED.

 

Résultats clefs du projet

Le projet RIMRAP s’intègre dans le programme de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle et Agriculture Durable (SANAD) de la Mauritanie et a déjà permis, au niveau national, la création d’une plateforme sectorielle de dialogue, la mise à niveau des institutions de formation, ainsi que le développement des capacités de recherche agricole et pastorale.

Au niveau décentralisé, les capacités des acteurs locaux ont été renforcées, en vue de la mise en place d’une meilleure gouvernance de l’accès de la population aux ressources naturelles. Des systèmes d’alerte précoce et de gestion de crises ont été mis en place, grâce au travail engagé des ONG partenaires avec les acteurs locaux.