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Lutte contre l’insécurité alimentaire: l’incontournable maîtrise de l’eau au Niger

Au Niger, près de 80% de la population dépend de l’agriculture pour sa subsistance. Dans cette nation au climat chaud et aux précipitations limitées dans le temps, la maîtrise des eaux pluviales et souterraines est un atout incontournable pour améliorer la production agricole. Mis en œuvre dans les provinces de Maradi, Tahoua et Zinder, le Projet de Mobilisation des Eaux pour le renforcement de la Sécurité Alimentaire (PMERSA-MTZ) a accompagné des milliers de cultivateurs dans la lutte contre la faim et pour le développement économique.

A Koukatoulé, dans la région de Maradi, malgré un soleil de plomb et l’ardeur de la tâche, plusieurs dizaines d’hommes et de femmes s’emploient avec force et dynamisme à graver à coup de pioche d’imposantes demi-lunes dans le sol aride. Ils reproduisent sur une surface quasi infertile un design éprouvé au centre duquel ils viendront planter les manguiers et autres arbres utiles.

Objectif? Stabiliser et fertiliser un sol ayant souffert de l’érosion. Les habitants de Koukatoulé sont convaincus de leur initiative car ils ne sont pas à leur premier essai:  cette pratique de culture capitalisant au maximum les bienfaits de l’eau pluviale a déjà fait ses preuves dans la région. Grâce à la forme creusée en demi-lune, l’eau de pluie est retenue plus longtemps au pieds des jeunes arbres, stimulant leur survie.

   Réalisation de la technique des demi-lune pour la reforestation de zones arides

 

Arouna Oumarou, président du comité de gestion du site de maraîchage de Koukatoule.

 

Arouna Oumarou, président du comité de gestion du site de maraîchage de Koukatoule, témoigne:

Plusieurs de nos terrains étaient inexploitables, rien ne poussait ici. Mais avec les arbres plantés, le site a complétement changé. Il produit des fruits que nous mangeons et qui nourrissent les animaux. Le projet PMERSA nous a aussi encouragé à semer des herbes fourragères sur le site, elles ont bien produit et donnent de bons résultats. On récolte notamment l’herbe pour aménager nos habitations. Le projet a permis d’améliorer nos revenus: la vente de la paille cette année nous a rapporté 200.000 CFA (300 euros). Nous allons profiter des retombées sur plusieurs générations. Avant ce projet on partait en exode pour trouver du travail, à présent nous restons au village pour développer les acquis et connaissances et en tirer du profit. Nous avons continué à utiliser les connaissances et outils pour développer des activités avec d’autres partenaires et rendre viable d’autres terres de la région. »

 

Grâce à la forme creusée en demi-lune, l’eau de pluie est retenue plus longtemps au pieds des jeunes arbres, stimulant leur survie.

 

Cette communauté rurale a été soutenue par le projet PMERSA-MTZ, qui a pour objectif de lutter contre le fléau de la faim. Le projet, financé par deux membres de l’Alliance Sahel, s’est attelé au renforcement de la sécurité alimentaire par l’augmentation, de façon durable, de la production et de la productivité agricole à travers la mobilisation des eaux de surface et souterraine. Plusieurs activités ont été menées: réalisation d’infrastructures de mobilisation et de conservation des eaux de ruissellement pour la production, renforcement de la production agricole et actions d’accompagnement des cultivateurs.

 

 

Une ressource en eau bien cachée

Depuis plusieurs décennies, le Niger est confronté à une insécurité alimentaire chronique. Les vulnérabilités des ménages sont exacerbées par des chocs récurrents liés à l’insécurité, au climat et aux épidémies, ainsi qu’à des problèmes structurels tels que la pauvreté, la dégradation des sols et le manque d’accès aux services sociaux de base, associés à une forte croissance démographique.*

 

Issaka Zabeirou, coordinateur du PMERSA, lors d’une réunion avec un comité paysan, région de Maradi.

 

Bien qu’en apparence aride, le Niger regorge pourtant de potentiel important en eau.

Selon Zabeirou, coordinateur du PMERSA:

La maîtrise de l’eau est un des axes majeurs qui va permettre au Niger d’atteindre la sécurité alimentaire. Notre pays a plus de 10 millions d’hectares de potentiel irrigable. De ce potentiel-là, les trois régions du projet comportent plus de 3 millions d’hectares. L’eau est là, mobilisable, il y a de l’eau de surface, il y a également de l’eau souterraine, qui peut être utilisée pour booster le développement agricole. Qui maîtrise l’eau dans le Sahel, va maîtriser la production agricole!  A travers la réalisation de barrages, de seuils d’épandage, et en se basant sur l’énergie solaire, le gaz naturel, nous pouvons insuffler une nouvelle marche vers le développement agricole et la sécurité alimentaire totale au Niger et même dans le reste du Sahel. »

 

Aperçu de quelques ouvrages d’adduction d’eau réalisés avec l’appui du PMERSA

 

Le projet PMERSA a déployé plusieurs axes de travail pour appuyer les communautés rurales à exploiter les ressources en eaux, et à améliorer leurs rendements et techniques agricoles.

 

 

Tchima Harouna, agricultrice ayant bénéficié des formation et appui du PMERSA, témoigne des changements en cours dans sa communauté:

Les changements importants passent par le travail collectif entre hommes et femmes que nous réalisons sur notre site de maraîchage. A travers les formations et accompagnements, nous avons appris à travailler ensemble pour échanger et discuter des activités du village. Nous avons également constaté une augmentation de notre production agricole avec les apports du projet. Nous mangeons trois fois par jour, alors qu’auparavant nous ne mangions que deux fois par jour. Depuis cinq ans avec ce projet nous travaillons sur ce site et nous avons vu un grand changement chez les femmes. Avec les semences produites nous-mêmes et que nous revendons, nous gagnons 50.000 CFA chaque année. Avec ces 50.000 CFA, nous les mettons dans la caisse commune des femmes. On prend une partie de ce fonds pour acheter d’autres semences utilisées sur le site de culture. On prête aussi une partie aux femmes qui en ont besoin. »

 

Tchima Harouna, agricultrice ayant bénéficié des formation et appui du PMERSA.
Comité des femmes maraîchères à l’ouvrage.

 

Les autorités locales sont également parties prenantes des actions du projets PMERSA et veillent souvent à la poursuite des activités. Le Maire de la commune de Dan Goulbi partage sa satisfaction:

La communauté vivait des cultures pluviales. Avec l’ouvrage de retenue d’eau qui a été installé dans la région, cela a permis à la population, après les cultures pluviales, de  continuer de cultiver grâce au maintien de la présence d’eau. Avant l’installation des ouvrages de retenue d’eau, les rendements de tomates par exemple étaient très faibles. Mais avec l’usage de l’eau du seuil d’épandage, la production a décuplé. Cela a changé considérablement la vie économique des ménages. Les potentiels de la localité sont nombreux : la ressource en eau dans le sous-sol, une population engagée pour le changement, des jeunes et des femme courageux… Un autre atout est l’élevage, il y a beaucoup d’animaux ici, la région peut devenir un atout économique. »

 

 

La création d’emplois également au cœur du projet

Au-delà de la maîtrise des eaux et de l’aménagement des sites agricoles, le projet PERSA a aussi stimulé la création d’emplois. Zabeyrou Abdou, cultivateur, témoigne:

Avant l’arrivée du projet, nous avions beaucoup de difficultés. A certains endroits, il était impossible de cultiver. A présent, ce sont devenus des jardins grâce aux pluies et aux groupes électrogènes qui nous permettent de pomper l’eau. J’étais réparateur de motos, mais avec le projet je suis devenu également mécano pour les groupes électrogènes. C’est une avancée, j’ai même formé d’autres jeunes mécaniciens! Mon revenu ne me permettait pas d’acheter un générateur, mais à présent j’ai une motopompe et je peux cultiver mon champs! Le projet a permis de construire plus de 200 puits maraîchers dans la région. Nous avons constaté une réelle avancée en termes d’augmentation du nombre de producteurs. On produit beaucoup de légumes et fruits sur le site: tomates, oignons, piments, arachides, bananes, goyave, courges, moringa, pommes de terre, mais, carottes… Le seuil d’épandage et les puits sont des biens communautaires et profitables à nous tous et qui limitent l’exode de nos jeunes. Travailler une année en production maraîchère ici correspond à l’argent que les enfants peuvent envoyer pendant 3 ans en exode. Avec ce projet on a constaté une augmentation des jeunes qui viennent cultiver sur le site de maraichage. Ils ont compris que le maraîchage vaut mieux que l’exode! »

 

Zabeyrou Abdou, lors d’une réunion du comité de gestion du projet.

 

L’agriculture et le développement rural est un des cinq secteurs prioritaires de l’Alliance Sahel. Le projet PMERSA fait partie d’une multitude de projets agricoles soutenus par les membres de l’Alliance. Ainsi, dans les pays du G5, avec le soutien de l’Alliance Sahel, + 515 000 producteurs ont eu accès à des services de conseil pour leurs activités agricoles.

 

Sources de financement du PMERSA

Le projet PMERSA-MZT est cofinancé par le Programme Mondial pour l’Agriculture et la Sécurité Alimentaire (GAFSP), l’Agence Espagnole de Coopération Internationale et de Développement (AECID), le Fonds Africain de Développement (FAD) et le Niger, et intervient dans 23 départements et 78 communes des régions de Maradi, Tahoua et Zinder.

Montant du financement: 34,842 millions d’UC (soit 25.988.013.500 F CFA, ) dont 21.020.000 UC pour le GAFSP (60,33%), 9.340.000 UC pour le FAD (26,81%), et 3.957.000 UC pour l’AECID (11,36%), 525.000 UC pour le Gouvernement/bénéficiaire (1,51%).

 

*Source: FAO

Crédit photos: Alliance Sahel/Aude Rossignol/2021

 

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