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Mobilisation conjointe face au changement climatique au Sahel

La dégradation de l’environnement et le changement climatique menacent les moyens de subsistance des populations sahéliennes, affectent le potentiel de croissance économique, la cohésion sociale ainsi que la sécurité et la stabilité de la région. Le 18 mai 2022, lors d’un événement organisé en marge de la COP 15 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, l’Alliance Sahel, l’Accélérateur de la Grande Muraille Verte et l’Institut mondial de la croissance verte ont réitéré leur engagement en faveur d’un développement rural inclusif, générateur de revenus et résilient. Les 3 organisations se sont engagées à renforcer leur collaboration.

Sur le continent africain, le Sahel est l’une des régions les plus durement touchées par le changement climatique. En effet, les conséquences engendrent une dégradation des terres arables exacerbant les fragilités d’une région, déjà en proie à l’extrême pauvreté et à l’insécurité alimentaire. Des terres pourtant essentielles, indispensables à la survie de plus de deux sahéliens sur trois.

La Grande Muraille Verte et l’Accélérateur de la GMV

Initiative phare de l’Union Africaine lancée en 2007 pour lutter contre les effets du changement climatique, la désertification et l’insécurité alimentaire, la Grande Muraille Verte a progressivement été transformée en programme plus large de restauration des terres et de développement rural, économique et social. Elle vise aujourd’hui à identifier et fournir des solutions efficientes aux populations face à l’accroissement des menaces environnementales liées au changement climatique, la dégradation des terres et la perte de biodiversité, et ainsi améliorer sensiblement leurs conditions de vie. Néanmoins, le Rapport d´état de mise en œuvre et perspectives de la Grande Muraille verte à l’Orée 2030 souligne la faible avancée de l’initiative et l’insuffisance des objectifs réalisés.

Pour la renforcer, l’Accélérateur de la Grande Muraille Verte, hébergé par la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification (CNULCD), a été conçu en appui à l’Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte. Son objectif: dynamiser la mise en œuvre de projets et mobiliser de nouvelles ressources financières dans le but d’atteindre 100 millions d’hectares restaurés, 250 millions de tonnes de carbone atténuées et 10 millions d’emplois créés d’ici 2030.

Plaçant le développement rural, la restauration et la fertilité des terres au cœur de leurs actions, l’Alliance Sahel, l’Accélérateur de la Grande Muraille Verte et l’Institut mondial de la croissance verte ont organisé le 18 mai un side event dans le cadre de la 15ème Conférence des parties (COP) de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification.

Les trois co-organisateurs se sont accordés sur le fait que la dégradation de l’environnement et le changement climatique menacent les moyens de subsistance des populations, affectent le potentiel de croissance économique, la cohésion sociale ainsi que la sécurité et la stabilité de la région.

La réalisation de la Grande Muraille Verte et de ses objectifs, tels que la restauration des terres, la résilience des populations et des systèmes de production alimentaires, ainsi que la mise en œuvre d’une agriculture durable génératrice d’emploi et de revenus, constituent un effet de levier majeur pour le développement économique et social du Sahel.

Dans son discours, Adrien Haye, Coordinateur de l’Alliance Sahel, a rappelé que « Le Sahel est une terre d’opportunités et de potentiels. La Grande Muraille Verte peut et doit contribuer à leur réalisation. […]  Les investissements dans le cadre de la Grande Muraille Verte peuvent drainer des dividendes considérables au regard des multiples potentiels, de l’essor démographique du Sahel et de la jeunesse de sa population. »

« Le développement d’une stratégie long terme bas carbone, est un outil nécessaire pour la lutte contre la désertification et la dégradation des terres », a déclaré Olola Vieyra, Représentante résidence GGGI Côte d’Ivoire. « Depuis 2012, le GGGI fournit un soutien instrumental à ses pays membres pour élaborer des stratégies de développement long terme à bas carbone, qui ont contribuent à la récupération et au reboisement des terres dans les pays de la Grande Muraille verte tels que l’Éthiopie et le Burkina Faso. »

Reboisement dans la région de Maradi au Niger

Des exemples réussis qui contribuent à l’adaptation au changement climatique

Après les allocutions d’ouverture, des exemples de projets et initiatives réussies ont été mis en évidence. Ceux-ci contribuent à l’adaptation au changement climatique pour les populations les plus vulnérables, par des techniques agricoles plus durables, une meilleure gestion des ressources naturelles et la résilience des communautés.

Exemples de projets de l’Alliance Sahel

  • L’Allemagne apporte son appui financier à l’Initiative de l’Union Africaine pour la restauration des paysages forestiers africains (AFR100), visant à réhabiliter 100 millions d’hectares de terres dégradées en Afrique d’ici 2030. Les engagements annoncés dans le cadre de l’AFR100 soutiennent le Défi de Bonn adopté en Allemagne en 2011, dont l’objectif global est de restaurer 150 millions d’hectares d’ici 2020, la Déclaration de New York sur les forêts qui étend le défi à 350 millions d’hectares d’ici 2030 et l’Initiative africaine pour des paysages résilients (African Resilient Landscapes Initiative, ARLI) visant à promouvoir une gestion intégrée des paysages pour s’adapter au changement climatique et en limiter les effets.
  • Le programme Soil Protection and Rehabilitation for Food Security, co-financé par l’Allemagne et l’Union Européenne et appuyant les partenaires, les gouvernements, dans la mise en œuvre de stratégies agricoles et de réhabilitation des terres. Cette initiative a permis de protéger ou réhabiliter 500.000 hectares de terres.
  • Le programme du Fonds Vert pour le Climat Scaling up Resilience in Africa’s GGW, mené par la FAO, propose d’opérer un changement de paradigme dans 6 pays extrêmement vulnérables au changement climatique (Burkina Faso, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal et Tchad) dans le cadre de l’initiative de la Grande Muraille Verte, en éliminant les obstacles à une résilience accrue et à une plus grande atténuation des effets du changement climatique, grâce à: (1) l’intensification des pratiques de restauration réussies avec des espèces indigènes, (2) l’appui au développement de chaînes de valeur résistantes au climat et à faibles émissions de produits forestiers non ligneux pour soutenir les moyens de subsistance des communautés vulnérables, et (3) le renforcement des institutions régionales et nationales de la Grande Muraille verte.
  • L’initiative Scaling up large-scale land restoration and resilient livelihoods in Africa’s GGW, portée la FAO, le PAM et d’autres agences onusiennes dans le cadre de la Stratégie Intégrée des Nations Unies pour le Sahel.
  • Le programme Action contre la désertification, en collaboration avec l’Union Africaine, l’Union Européenne, le OACPS, la Turquie et d’autres partenaires, appuie l’expansion de la Grande Muraille Verte dans 10 pays (Burkina Faso, Eritrée, Ethiopie, la Gambie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal et Soudan) dans le but de restaurer les terres dégradées et d’introduire une gestion plus durable des écosystèmes fragiles.
Film de la FAO sur le Programme « Action contre la désertification »

La collaboration se renforce!

Les intervenants ont ensuite fait émerger certaines recommandations d’actions concrètes pour favoriser des synergies plus importantes et permettre l’accélération des réalisations de la Grande Muraille Verte, telles que:

  • l’introduction d’un système de suivi-évaluation pour mesurer les progrès réalisés des projets GMV
  • la mise en place  d’un système de double labélisation Alliance Sahel-GMV
  • l’émergence d’un cadre incitatif pour la prise en compte des effets du changement climatique (promotion de l’agroécologie, des énergies renouvelables, d’assurances contre les risques liés au climat) dans les politiques sectorielles visant à renforcer la résilience
  • un accroissement du budget des Ministères en charge de l’Environnement
  • la recherche de voies de coopération et de partenariat entre partenaires au développement afin de répondre efficacement et de manière cohérente aux besoins de la population affectée les changements climatiques et la désertification.
Crédit Photo: Alliance Sahel/Aude Rossignol/2021

Cet évènement a constitué la déclinaison concrète du rapprochement entre l’Alliance Sahel et l’Accélérateur de la Grande Muraille Verte, à la lumière des engagements pris dans la déclaration conjointe adoptée par l’Alliance et la CNULCD à l’occasion de la 3ème Assemblée Générale de l’Alliance Sahel qui s’est tenue à Madrid le 4 avril 2022.

L’Alliance Sahel, la CNULCD et le GGGI se sont engagés à renforcer leur collaboration, tant à un niveau institutionnel qu’opérationnel, notamment par l’espace de dialogue et de coordination qu’offre l’Alliance Sahel pour renforcer la coopération entre partenaires sur le terrain, et ainsi accroître l’impact des projets en faveur des populations sahéliennes.


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