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Energies renouvelables: l’énorme potentiel du Sahel

Dans les pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad), près de 60 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité. Parmi elles, un grand nombre de familles vivant dans les zones rurales. L’électrification de ces zones isolées pourrait s’accélérer grâce à l’installation de solutions innovantes faisant appel aux énergies renouvelables, comme les mini-réseaux autonomes et les systèmes solaires individuels. L’Alliance Sahel en fait une de ses priorités.

 

« Avec l’électricité, il y a beaucoup d’avantages : je peux apprendre convenablement, avant c’était avec une lampe à pétrole. Maintenant, si je veux réussir, je le peux », témoigne avec fierté Aïssata Aboubacar, une jeune étudiante de Kiffa, en Mauritanie.

Sa famille a été raccordée il y a peu de temps au réseau électrique. Cette grande ville du sud du pays n’est pas reliée au réseau national. Jusqu’en 2019, les 50.000 habitants étaient alimentés par des générateurs diesel, polluants et insuffisants pour couvrir leurs besoins. Une centrale hybride thermique/solaire vient d’être construite, avec le soutien de deux membres de l’Alliance Sahel, l’Union européenne et l’Agence française de développement (AFD). La centrale comprend 4.320 panneaux solaires qui permettent de limiter les émissions de CO2 dégagées dans l’atmosphère. La population de Kiffa a désormais accès à une énergie fiable qui change leur quotidien.

La centrale hybride de Kiffa est un exemple concret des avancées en cours pour augmenter l’accès à l’électricité au Sahel. L’accès à l’énergie est l’une des priorités des pays du G5 Sahel et de l’Alliance Sahel. Il s’agit d’un facteur essentiel de réduction de la pauvreté, de développement durable et de stabilité. Un droit basique, qui change la vie des gens.

 

Les défis liés à l’accès à l’électricité au Sahel

Les besoins de la région sont immenses : 60 millions de personnes dans l’espace G5 Sahel subissent les conséquences d’un manque d’accès à l’électricité. En 2018, seulement 25% de la population est raccordée au réseau électrique, loin derrière l’Afrique subsaharienne (37%) et le reste du monde (83%). Dans les zones ayant accès à l’électricité, la qualité de service est variable en raison des pannes, interruptions et fluctuations de tension. Le manque d’accès à l’électricité affecte les différents aspects de la vie quotidienne, en particulier les soins de santé, l’éducation et l’activité économique.

En dehors des centres urbains, l’électricité est souvent tout simplement absente. Dans les zones rurales du Burkina Faso, du Tchad et de la Mauritanie, seulement 1 personne sur 20 a accès régulier à l’électricité. Au Niger, ce taux tombe à 1 personne sur 100.

L’électrification rurale est pourtant cruciale pour fournir l’électricité aux populations isolées et contribuer à la stabilité dans le Sahel. Mais les pays de la région font face à de nombreux défis, tant au niveau du territoire qu’au niveau des foyers, pour développer l’accès à l’énergie. Etendre les câbles électriques du réseau national jusqu’aux zones éloignées représente un coût exorbitant. De nombreux ménages sont dans l’impossibilité de mobiliser l’argent nécessaire pour payer les frais de raccordement ou de consommation d’électricité.

 

Un potentiel massif d’énergies renouvelables

Au sein de l’Alliance Sahel, les membres soutiennent les partenaires sahéliens dans leur recherche de solutions innovantes, permettant aux populations les plus isolées d’accéder à l’énergie. La région dispose en effet d’un atout de taille : le potentiel de développement des énergies renouvelables (notamment solaire et éolien) est plus grand que dans les autres régions de la planète. Disposant du meilleur ensoleillement au monde, le potentiel d’énergie solaire au Sahel s’élève à environ 13,9 milliards de GWh/an par rapport à la consommation mondiale d’électricité de 20 millions de GWh/an en 2016 (selon le Global Energy Statistical Yearbook 2017).

Dans les zones rurales, les mini-réseaux autonomes, non raccordés aux centrales thermiques des pays, et les systèmes solaires individuels sont des solutions adaptées à l’éloignement des réseaux nationaux. Selon Yann Tanvez, Spécialiste Energie de la Société financière internationale , le marché africain de l’énergie a vocation, à terme, à se diviser en 45% pour le réseau, 30% pour les mini-réseaux et 25% pour les systèmes solaires individuels. 150.000 nouveaux mini-réseaux seraient nécessaires en Afrique d’ici 2030 pour réaliser le potentiel d’électrification universelle.

 

L’énergie solaire dynamise les entreprises féminines au Sahel

Les mini-réseaux autonomes font revivre des villages du Sahel, grâce notamment au succès des entrepreneur.e.s.

« L’électricité nous a aidé à emballer plus de beurre de Karité et le stock de beurre de Karité que nous pouvons vendre a augmenté », raconte Maimouna Mariko, 36 ans, présidente d’une coopérative de production de beurre de karité dirigée par des femmes.

L’activité de la coopérative s’est développée depuis l’installation d’un mini-réseau hybride solaire/diesel dans son village au Mali. L’infrastructure a été financée par le gouvernement malien, avec l’appui de la Banque mondiale. Maimouna Mariko et ses associées profitent désormais de l’électricité pendant l’essentiel de la journée et une partie de la nuit, ce qui leur permet de travailler plus tard et de produire chaque mois plus de 3.000 unités de crème, de baume pour les lèvres et de savon au beurre de karité commercialisés jusqu’en Europe.

 

 

L’accès à l’électricité, une des priorités de l’Alliance Sahel

3 objectifs ont été fixés pour le secteur de l’électricité au Sahel d’ici 2022:

  • doubler le taux d’accès à l’électricité (ce qui représente environ 2.5 millions de nouveaux foyers à électrifier)
  • doubler les capacités de production d’énergie renouvelable installées
  • accroître les dispositifs d’interconnexion pour faciliter les échanges transfrontaliers.

L’Alliance Sahel met actuellement en œuvre 25 projets « électrification » pour un montant total de 1,3 milliard d’euro. Ces initiatives contribuent à 35% des objectifs visés. La coordination entre les membres de l’Alliance Sahel permet un effort de partage des portefeuilles des projets, de recherche de synergies et de solutions en commun.

 

Trois exemples d’engagement concret

La Banque mondiale a investi 1,8 milliard de dollars en matière d’énergie dans le Sahel en 2 ans (2017–2018), à travers de multiples projets. 17.548 lanternes solaires ont par exemple été distribuées dans des zones rurales au Mali afin d’élargir l’accès aux services énergétiques.

Pour l’Agence française de développement, l’énergie est au cœur des priorités. L’AFD possédait en 2019 un portefeuille de 600 millions d’euros engagés dans les pays du G5 Sahel, avec 7 projets en cours ciblant 1 million de personnes. Au Niger, par exemple, 30 communes et 70 villages de plus ont désormais accès à l’électricité. Au Burkina Faso, à Zagtouli, l’AFD et l’Union européenne ont contribué au financement de la première centrale photovoltaïque d’Afrique produisant 5% des besoins en électricité du pays, pour 660.000 personnes.

La Banque africaine de développement a lancé en 2019 l’initiative Desert to Power avec pour objectif de fournir d’ici à 2030 de l’électricité solaire à 60 millions de personnes dans les zones désertiques de l’Afrique. Un projet à la hauteur des enjeux, en particulier pour les populations rurales des pays du Sahel :

« Des générations d’habitants du Sahel attendent la lumière depuis trop longtemps. Les générations actuelles et futures ne peuvent plus attendre ! Et c’est maintenant qu’il faut agir. Le moment est venu pour Desert to Power de fournir de l’électricité à tous au Sahel », a déclaré le président du Groupe de la BAD, Akinwumi Adesina, en clôture du Sommet des pays du G5 Sahel.