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« Le Niger est pourvu en potentialités pour tout jeune entrepreneur »

L’entrepreneuriat des jeunes au Niger est un levier pour le développement et la stabilité du pays. Louis Akakpo, Spécialiste du secteur privé au sein du groupe de la Banque mondiale dans la région de l’Afrique de l’Ouest, partage son analyse et comment son institution soutient les actions initiées par le gouvernement nigérien.

Louis Akakpo, Spécialiste du secteur privé, groupe de la Banque mondiale

Quels sont les atouts du Niger pour les entrepreneurs?

Au-delà de ses atouts dans le secteur des services et du commerce, le Niger regorge d’opportunités dans le domaine agro-sylvo-pastoral. En effet, malgré les difficultés en terme de pluviométrie, le pays est pourvu d’immenses ressources en eau souterraine qui offrent des potentialités pour le pastoralisme et l’agriculture. C’est un potentiel pour les entrepreneurs en production, transformation et même en exportation. A côté de cela, il y a aussi le potentiel en ressource animale, le secteur du numérique, l’industrie extractive, etc. Le Niger est donc vraiment pourvu en potentialités pour tout jeune ou toute personne qui désire se lancer dans l’entrepreneuriat.

Jeunes entrepreneurs agricole, commune de Karma.

Quel est l’état du secteur de l’entrepreneuriat au Niger aujourd’hui?

Le secteur de l’entrepreneuriat au Niger est essentiellement caractérisé par une faible compétence entrepreneuriale, même si on rencontre de plus en plus de volonté d’entreprendre.

Il y a également un problème d’accès aux financements parce que les entrepreneurs ont de faibles capacités. Les compétences acquises ne sont pas forcément en lien avec les projets portés. Il est difficile pour un entrepreneur naissant d’accéder aux financements dans un contexte où il faut démontrer des garanties d’existence antérieure et d’accès aux financements. Il y aussi une difficulté à lever des financements, dans un contexte de climat des affaires qui n’est pas forcément propice à l’entrepreneuriat.

Des efforts récents ont été menés pour développer l’écosystème entrepreneurial, mettre en place une politique favorable au développement des micro-, petites et moyennes entreprises, développer les mécanismes d’appui aux financements, améliorer les politiques en matière d’attractivité du pays et en entrepreneuriat. Mais il reste beaucoup à faire, notamment pour clarifier le cadre juridique qui gouverne les micro-, petites et moyennes entreprises au Niger. Cet effort est en cours notamment pour la définition de la charte des micro-, petites et moyennes entreprises qui permettra de clarifier les contours de l’exercice pour ces entreprises dans le pays, mais aussi les perspectives que le pays pourrait leur offrir en matière de développement de contenu local, de mécanismes innovants, d’accès aux financements, etc.

Micro-entreprise de transformation de l’arachide, Niamey.

Le pays a l’une des populations la plus jeune au monde. Est-ce que selon vous l’entrepreneuriat est l’une des solutions pour offrir un avenir meilleur à ces jeunes?

Absolument. Dans un contexte où il est difficile pour la jeunesse de se faire engager dans la fonction publique, l’entrepreneuriat est l’une des solutions qui s’impose. D’autant plus que lors de la crise sanitaire du Covid, la plupart des entreprises ont reçu un choc énorme et se lancent dans un plan de recouvrement. L’entrepreneuriat aujourd’hui est donc un levier pour la jeunesse nigérienne.

Par où commencer pour développer l’entrepreneuriat chez les jeunes ?

Développer la culture entrepreneuriale, développer la formation en entrepreneuriat, tout part de là. Il faut introduire dans le curriculum de formation des modules sur l’entrepreneuriat. Il faut également développer une certaine culture entrepreneuriale, ainsi qu’une culture du risque et de l’acceptation de l’échec. On ne peut pas entreprendre, sans se préparer à l’échec. Il faut se préparer à assumer, à se relever. C’est un préalable sur lequel il faudra bâtir pour préparer la jeunesse nigérienne à l’entrepreneuriat dans un certain nombre de secteurs comme l’agro-business, les services, l’industrie manufacturière légère, le transport et la logistique. Ces secteurs offrent un potentiel quasi inexploité pour la jeunesse.

Au niveau de l’entrepreneuriat de ces jeunes, quelles sont les principales actions menées par la Banque mondiale auprès du gouvernement pour stimuler, aider, appuyer ces futurs entrepreneurs?

L’un des défis, c’est l’informalité. C’est l’une des contraintes majeures du secteur privé au Niger car la pression fiscale s’exerce sur une minorité d’entreprises formalisées. Si on élargit la base fiscale, cela entraîne une économie d’échelle. C’est tout un processus sur lequel nous pensons qu’il est utile de continuer à travailler. Les pouvoirs publics sont bien engagés là-dessus.

Producteurs et commerçants du secteur rizicole, commune de Karma.

En amont, le travail du groupe de la Banque mondiale a été d’aider le Niger à améliorer son climat des affaires. Ce travail a été mené de manière constante depuis bientôt une décennie et a déjà permis de faciliter les procédures de formalisation d’entreprise.

La Maison de l’Entreprise a été opérationnalisée avec le soutien du groupe de la Banque mondiale, elle s’est positionnée dans certaines régions également. Le centre de formalité des entreprises a été rendu opérationnel avec une simplification des procédures de création d’entreprise. A côté de cela, nous avons les centres de gestion agréés, positionnés à Niamey et dans quelques régions pour aider à développer des services d’appui aux entreprises. Quelques incubateurs ont été accompagnés. Tout cela aide à créer un écosystème pour améliorer le climat des affaires.

Nous avons également aidé à développer un cadre de dialogue public-privé où les obstacles majeurs au développement du secteur privé font l’objet de dialogue et d’identification de mesures et de réformes qui incluent en amont le secteur privé, afin que dans leur mise en œuvre les intérêts du secteur privé ne se retrouvent pas mis en cause. Ce travail a porté ses fruits.

Mais il reste beaucoup à faire. C’est pour cela que dans la plupart de nos opérations nous mettons l’accent sur tout ce qui est facilitation du climat des affaires, développement du dialogue public-privé et développement de dialogues sectoriels pour aider les entreprises par secteur d’activité à identifier les obstacles spécifiques et les mesures de réforme idoines.

Cet effort est en cours et nous reconnaissons que les défis restent élevés. Nous continuons à nous y atteler aux côté du gouvernement.

Guichet de la Maison de l’Entreprise.

Quelle est la place du digital au Niger?

Comme dans la plupart des autres pays, le secteur du numérique est une véritable niche au Niger, surtout dans le contexte d’un pays qui a un territoire vaste avec une faible densité démographique. Des solutions numériques peuvent permettre de faire face à la problématique de développement des villes secondaires. Cela demande aux entrepreneurs, aux startup, aux grandes entreprises de faire preuve d’innovation, de développer des solutions adaptées au contexte et aux besoins.

En lien avec les réformes que nous avons accompagnées pour améliorer le climat des affaires, le groupe de la Banque mondiale se positionne dans des réformes de seconde génération qui permettent de développer les services du gouvernement vers les particuliers et vers les entreprises. Par exemples, la digitalisation des procédures de création d’entreprise, l’obtention de permis de construire, les services au niveau des juridictions commerciales et consorts pour permettre de mettre en place un cadre idoine au développement de l’économie digitale et au développement de l’entrepreneuriat numérique.

Crédits photos: Alliance Sahel/2022/Aude Rossignol


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