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« Le vrai potentiel du Sahel, c’est la jeunesse »

Entretien avec Mahamat Hamid Koua, Président en exercice du Conseil des Ministres du G5 Sahel, Ministre tchadien de l’Économie, de la Planification du Développement et de la Coopération internationale.

Quelles sont vos attentes en tant que ministre de Tutelle du G5 Sahel au sujet de l’Assemblée Générale de l’Alliance Sahel, et des orientations qui pourront en sortir?

Il est important de considérer le contexte international et ses bouleversements. Dans ce nouveau contexte de recomposition du monde, marqué par la guerre entre la Russie et l’Ukraine dont nous ne mesurons pas encore complètement toutes les conséquences à venir pour l’Afrique et pour les populations du Sahel, je tiens à rappeler les principes généraux de la Coalition qui sont, entre autres, la mobilisation et la solidarité avec le Sahel. Je suis content de la mobilisation internationale autour des enjeux de l’Alliance Sahel, qui se maintiennent au meilleur niveau avec les nouvelles priorités et nouveaux contextes qui sévissent. Je me réjouis de l’adhésion de trois nouveaux partenaires au sein de l’Alliance Sahel : les Etats-Unis, le Canada et la Suède. Ces adhésions vont dans le sens, je crois, de la solidarité et de la mobilisation pour tout le Sahel.

Comment voyez-vous les perspectives de partenariat à court et moyen terme avec les membres de l’Alliance Sahel pour les questions de développement?

Je souhaiterais un lien plus étroit, voire une meilleure articulation de l’ensemble des efforts des partenaires et de nos pays en faveur du développement du Sahel. Je pense à la nécessité de renforcement de la coopération autour du Secrétariat Exécutif du G5 Sahel et de l’ensemble des parties prenantes, notamment la Coalition pour le Sahel, l’Alliance Sahel, les Comités nationaux de Coordination du G5 Sahel. 

Il me paraît indispensable que les objectifs bilatéraux et régionaux de l’Alliance s’inscrivent aussi dans les politiques menées par les différents pays, sans trop circonscrire. Car bien que les défis au Sahel soient les mêmes, il y a aussi des réalités dans chaque pays à ne pas ignorer.

Quels sont selon vous les défis les plus urgents en termes de développement pour les populations dans l’espace du G5 Sahel? 

L’Afrique, et le Sahel en particulier, connaissent de nombreux défis. Je voudrais en évoquer ici deux.

Premièrement, la question de l’instabilité: elle a des causes structurelles, mais également des facteurs exogènes, liés à des idéologies très dangereuses développées ailleurs et qui viennent s’installer dans le Sahel en raison notamment de l’immensité du territoire et de l’absence de l’Etat.

L’autre défi, c’est le volet structurel. La pauvreté, le manque de croissance, les chocs climatiques sont autant de défis structurels qui viennent mettre en difficulté le Sahel. A cela vient s’ajouter la transition démographique. Pour que la transition démographique soit réussie, il y a des dispositions à prendre par nous-mêmes en tant qu’Etats, de bien cerner, en étant accompagnés par nos partenaires, nos difficultés et les besoins des populations.

Sur quels leviers vous paraît-il le plus important de travailler en priorité pour construire un avenir meilleur pour les Sahéliens et Sahéliennes?

Aujourd’hui, il est impossible de penser le développement sans la sécurité, sans la stabilité. Cependant, pour faire le développement, il est nécessaire de s’appuyer sur les vraies potentialités du Sahel. Ces atouts sont, entre autres les terres cultivables, ainsi que le développement des filières agricoles afin d’accéder aux chaînes de valeur mondiales et contribuer à la sécurité alimentaire.

La jeunesse africaine aujourd’hui qui est en quête d’emplois et manque de perspectives. Ces jeunes femmes et ces jeunes garçons, qui risquent leur vie en traversant la Méditerranée, seront encouragés en Afrique à développer ces chaînes de valeur. Investir de manière conséquente dans les infrastructures l’énergie, les routes et l’industrie alimentaire.  Le secteur privé et nos partenaires internationaux ont donc un rôle important à jouer pour permettre à l’Afrique de décoller. Mais ces investissements ne peuvent se faire que dans un contexte de sécurité.

Quels facteurs peuvent, selon vous, entraver l’efficacité de ces partenariats?

Le Sahel est en transition: le Tchad, mon pays, est en transition, tout comme le Mali et le Burkina Faso. Nous avons aujourd’hui une population extrêmement jeune, près de 75% de la population qui demande de meilleures conditions de vie, mais les gouvernements n’arrivent pas apporter toutes les réponses car la plus grande partie de leurs efforts sont absorbés par la lutte contre l’insécurité et le terrorisme qui est sont des défis mondiaux. Nos Etats renoncent à des investissements sociaux pour faire face à l’immense défi mondial qu’est l’insécurité.

Le soutien de nos partenaires est nécessaire pour nous aider à bien cerner ces défis et faire face aux chocs exogènes qui nous mettent en difficulté, tels que le changement climatique ou le terrorisme, et qui ne peuvent pas être contenus par les moyens seuls de nos Etats.

Sur quels potentiels la région sahélienne peut-elle s’appuyer pour donner espoir à sa jeunesse?

Le vrai potentiel, c’est la jeunesse elle-même. Pendant plusieurs décennies, les moyens de nos Etats et aussi de nos partenaires ont été orientés vers le développement humain, ce qui a permis aujourd’hui d’avoir une jeunesse qui est capable, si l’on crée des conditions, de prendre en main son propre avenir.

L’Afrique, et le Sahel en particulier possèdent des millions de terres cultivables. Les chaînes de valeurs agricoles doivent être développées pour créer de l’emploi pour les jeunes. Il y donc de vrais potentiels agricoles avec le concours des secteurs énergétiques, notamment solaire, et de l’élevage.  


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