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Sahel : une approche de l’aide adaptée aux zones fragiles

Face à l’aggravation des conflits dans de nombreuses régions du Sahel et à leurs multiples conséquences sur les conditions de vie des populations, la communauté internationale cherche à renforcer la pertinence, l’efficacité et l’impact de son aide dans ces zones, en portant une attention particulière à la prévention et au traitement des causes de la fragilité. A ce titre, les membres de l’Alliance se sont engagés à soutenir les actions des pays du G5 Sahel en faveur du redéploiement et du maintien de l’Etat et des services de base dans les zones les plus vulnérables et ont développé une approche d’intervention innovante : l’Approche Territoriale Intégrée (ATI).

Cette approche vise à répondre à la fois aux besoins les plus urgents des populations et à traiter les causes profondes des crises dans les zones à risques. Intégrée, multisectorielle, adaptée aux spécificités et aux contraintes de chaque territoire, cette approche est mise en œuvre en étroite coordination avec les autorités de chaque pays et le Secrétariat Exécutif du G5 Sahel. Elle articule les logiques de sécurisation, de consolidation et de prévention et porte une attention accrue aux personnes les plus vulnérables, aux femmes et à la jeunesse, leur éducation, leur formation, leur insertion sociale et économique, pour leur redonner confiance dans l’avenir.

 

Au cœur de l’ATI repose la volonté de favoriser le dialogue et la coordination des actions avec de multiples acteurs : internationaux (humanitaires, acteurs de la sécurité, de la stabilisation, du développement), nationaux et locaux. L’objectif est de développer une approche coordonnée et la plus intégrée possible entre ces différents acteurs, et de mutualiser les moyens et modes d’actions des membres de l’Alliance Sahel intervenant dans ces zones. A cet égard, la coordination avec les acteurs de la Coalition pour le Sahel du Partenariat pour la Sécurité et la Stabilité au Sahel (P3S) est essentielle, particulièrement pour favoriser le retour des services de base dans les zones prioritaires identifiées, facteur essentiel de stabilité.

Une action ciblée sur 10 zones prioritaires

Dans le cadre de l’ATI, dix zones prioritaires ont été ciblées par les membres de l’Alliance. Le choix de ces zones a été discuté entre les membres et avec les autorités des pays du G5. Ces zones se recoupent naturellement avec les 28 zones préconisées par le Cadre d’Action Prioritaire du G5 Sahel – CAPI) (voir encadré plus bas), et traduisent une double attention portée sur les zones en conflit et les zones de prévention.

Le choix s’est également appuyé sur les diagnostics de l’étude RRA (Risk and Resilience AssessmentEvaluation des risques et de la résilience), pilotée par la Banque Mondiale et fruit d’une mobilisation collective de l’Alliance Sahel pour repenser la contribution du développement à la paix et à la prévention des conflits violents au Sahel. Cette recherche a notamment permis de cerner précisément les facteurs de risques dans ces zones et de formuler des recommandations pour les traiter. Il est important de relever que si l’ATI cible des zones prioritaires, cela ne se fait pas au détriment des interventions dans les autres zones/régions des pays du G5 Sahel. Les 10 zones cibles ont été caractérisées en trois typologies (sécuriser, consolider, prévenir). Ceci implique qu’en fonction de la situation rencontrée – notamment sécuritaire – à l’échelle du territoire, et de son évolution, les actions de sécurisation, de stabilisation et de développement peuvent être abordées successivement ou bien former un « nexus ». Dans ce dernier cas, les phases se conjuguent et les acteurs interviennent simultanément en prenant soin d’assurer la cohérence et si besoin l’adaptation des actions mises en œuvre.

Des outils pragmatiques pour une mise en œuvre concrète

Afin de faciliter la mise en œuvre de l’ATI, des outils d’aide à la décision pour les interventions de développement dans les zones retenues ont été créés. Il s’agit de la base de données « approche territoriale intégrée », en cours de constitution, qui répertoriera les activités des membres de l’Alliance dans ces zones et des données contextuelles. Cette base de données permettra d’effectuer un travail de cartographie et d’analyses croisées qui servira à optimiser la coordination entre les membres dans le cadre de l’ATI et à faciliter la prise de décisions et la planification opérationnelle des activités.  Un autre outil important – outre l’outil de diagnostic RRA précité -, s’inscrivant dans la dynamique de l’ATI est la Plateforme d’Analyse, de Suivi et d’Apprentissage au Sahel (PASAS) financée par l’AFD. Il s’agit d’une plateforme mettant à disposition les connaissances et études disponibles sur la région du Sahel, pour aider à la conception des projets.

Outre une coordination forte avec les autorités, pleinement associées à la définition et à la mise en œuvre de l’ATI, l’implication des bénéficiaires, des populations, des collectivités locales et des administrations territoriales est essentielle pour la réussite de cette approche. Les stratégies opérationnelles définies dans chaque zone seront adossées aux plans de développement locaux et assortis de modes opératoires adaptés et d’indicateurs de succès mesurables.


Le Cadre d’Actions Prioritaires du G5 Sahel

L’ATI est alignée avec les principes d’action prescrits par le Cadre d´Actions Prioritaires (CAPI) du G5 Sahel, qui vise à répondre aux défis multidimensionnels auxquels les pays du G5 doivent faire face et à accroître l’efficacité de l’aide dans les zones vulnérables.  Adopté par le G5 Sahel en février 2020, il constitue un document de référence pour les partenaires internationaux. Le CAPI se fixe pour objectif d’identifier des actions rapides, réalistes, mesurables et flexibles à mener sur les volets sécurité et développement dans les zones fragiles prioritaires, élargis à la dimension humanitaire, à la gouvernance et à la réconciliation. Le CAPI entérine en particulier l’identification de Zones d’intervention prioritaires (ZIP) vers lesquelles doivent se concentrer les efforts et les mesures spécifiques à prendre. L’ATI s’inscrit dans ce cadre, puisque le choix des zones prioritaires s’est fait sur la base de cette catégorisation.

 

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